L’IA générative a déjà transformé notre manière de travailler. Désormais, une nouvelle étape se profile : l’IA agentique. Plus autonome et orientée vers l’action, cette technologie va au-delà des simples recommandations pour exécuter des tâches de bout en bout, en fonction d’objectifs définis.

Pour mieux saisir son potentiel, nous avons interrogé notre réseau d’experts : dirigeants IT, DSI, PDG et responsables métiers. Entre expérimentations prudentes et cas d’usage concrets, leurs retours d’expérience dessinent les contours de l’agentic AI.

Des fondations solides avec l’IA générative et analytique

Nos échanges avec ces experts montrent que l’adoption de l’IA n’en est plus à ses débuts. Chez Berkeley Varitronics Systems, une entreprise américaine spécialisée dans les équipements de test sans fil, Scott Schober, le PDG, explique : « Nous avons mis en œuvre l’IA pour améliorer l’analyse de signaux et rationaliser le support client. Notre but est de réduire le temps de dépannage manuel et d’aider nos ingénieurs et utilisateurs à prendre des décisions plus rapides et mieux informées. »

De son côté, Leroy Merlin Espagne utilise un assistant virtuel basé sur l’IA générative et un projet pilote d’IA d’accueil pour les magasins. « L’IA nous permet d’établir une relation plus fluide et personnalisée avec nos clients, en combinant vision stratégique et applications mesurables, » résume Fernando Herranz, directeur de l’expérience digitale et de l’e-commerce. Pour y parvenir, il insiste sur la nécessité d’une « infrastructure technologique solide, interopérable et en constante évolution » afin de garantir la protection des données et la transparence algorithmique, des points cruciaux pour « maintenir la confiance des clients ».

Carrefour Espagne a également franchi un cap avec le déploiement de son propre agent virtuel, « Super Agente Uno.ai ». Selon Francisco Escalona, Chief Data Officer, il est conçu pour « soutenir la prise de décision stratégique et optimiser les processus opérationnels ». Cet agent est capable de dépasser le simple conseil pour accompagner la prise de décision à grande échelle, préfigurant ainsi une approche plus agentique.  

L’IA agentique : l’avènement des systèmes autonomes

Contrairement à un simple outil d’aide, l’IA agentique désigne des systèmes capables de raisonner, de planifier et d’exécuter des tâches de manière autonome. Gonzalo Goñi, directeur de l’ingénierie des solutions chez Salesforce, observe une « accélération claire et progressive » de l’adoption : « Les organisations passent rapidement de l’expérimentation à la production, intégrant de plus en plus ces agents comme une composante structurelle de leurs opérations. »

Le secteur du retail est particulièrement moteur, utilisant l’IA agentique pour optimiser l’expérience client et les opérations logistiques. Le secteur de la santé est aussi très prometteur, où les agents pourraient alléger la charge administrative des professionnels et aider au diagnostic ou au suivi des patients, comme le confirme le Dr Ramón Puchades, spécialiste en médecine interne.

Chez Leroy Merlin, le déploiement se fait de manière progressive, sur des cas d’usage précis avec un impact mesurable, comme l’automatisation des processus en magasin.

Gouvernance et infrastructure : la prudence est de mise

Dans le secteur bancaire, la régulation est un enjeu majeur. Nacho Torre, directeur de la stratégie, de la transformation et de la donnée chez Ibercaja, considère l’IA agentique comme une « extension sophistiquée de l’IA générative ». La banque reste en phase d’exploration pour évaluer les risques et définir un modèle de gouvernance strict, avec l’objectif de « construire des plateformes technologiques flexibles et évolutives, capables de s’adapter sans compromettre la sécurité ou la gouvernance ».

Il ajoute que le développement doit se concentrer sur des technologies « extrêmement simples à utiliser, orientées vers des cas concrets qui apportent une réelle valeur ». Un exemple simple est l’agent qui se connecte automatiquement au site de la Banque d’Espagne pour télécharger le taux d’intérêt légal.

L’IA dans le secteur de la santé : une vigilance renforcée

Le Dr Ramón Puchades modère l’enthousiasme, estimant que l’on se trouve encore dans une « phase de bulle de l’IA ». Il insiste sur la nécessité d’une validation scientifique et de preuves avant toute mise en pratique, que ce soit pour le diagnostic, le suivi des patients, ou l’enseignement. L’enjeu est de garantir que ces outils apportent un bénéfice « sans risques » au patient.

Vers une autonomie sous contrôle

Tous les experts s’accordent sur le fait que l’autonomie croissante de ces agents requiert une vigilance accrue. « L’IA agentique ne se contente pas de faire des suggestions, elle peut agir seule, » rappelle Scott Schober. Pour lui, son intégration réussie dépend d’une « sécurité forte, d’une supervision claire et de limites bien définies. »

Isaac Sacolick, président de StarCIO, résume la promesse de cette technologie : « L’IA agentique vise des niveaux d’automatisation plus élevés, un raisonnement plus adaptatif et la résolution de problèmes complexes fondée sur des objectifs. » L’IA entre ainsi dans une nouvelle phase, celle d’une autonomie raisonnée, au service de la performance et de l’innovation.

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